Conférence du Docteur Grégory SCHMIT et du Juge Denis GOEMAN

lundi 12 octobre 2026 19:00-22:30, Salle de l’Écuelle, Rue des 4 Fils Aymon, 21, 7860 Lessines

Le Docteur Queen brise les préjugés sur le métier de médecin légiste : "Ce n’est pas du tout un métier morbide"

Sous la plume du juge Denis Goeman, le médecin légiste Grégory Schmit lève le voile sur certains aspects méconnus de sa profession dans le livre "Docteur Queen : le médecin légiste pas comme les autres", paru aux Éditions Racine. Tous deux étaient invités dans le 8/9 pour nous en dire plus sur le sujet.

Par Elise Vander Goten RTBF

 

Petit, il rêvait de devenir vétérinaire. Aujourd’hui, il est médecin légiste. Un métier qui de prime abord, peut sembler glauque. Pourtant, Grégory Schmit est un homme plein de vie, dont la personnalité enjouée tranche avec sa fonction. D’ailleurs si on le surnomme "Docteur Queen", ce n’est pas par hasard, mais parce que pendant son temps libre, il se produit aussi en tant que drag "Chez Maman", un établissement emblématique de Bruxelles.

À travers ce livre, Grégory Schmit souhaitait donc mettre à bas les idées reçues pour évoquer le véritable quotidien d’un médecin légiste, loin d’être aussi sombre et funeste qu’on pourrait l’imaginer. Pour lui, l’humour est même une composante essentielle, pour continuer à faire ce travail sans que son moral n’en pâtisse. "Ce n’est pas du tout morbide", assure-t-il. "Quand j’arrive sur place, il y a un périmètre d’exclusion, donc la famille n’est pas là. Je n’ai pas du tout cet affect, cette charge émotionnelle qui peut être là, et j’arrive sur un endroit avec des gens que je connais. On rigole, on parle de tout et de rien, et ça permet d’avoir le recul nécessaire. Ça sert un peu de bouclier par rapport à toutes les horreurs qu’on peut voir."

La dimension humaine au cœur de la profession

De plus, contrairement à ce qu’on pourrait croire, un médecin légiste ne passe pas ses journées enfermé avec des cadavres. "On a beaucoup de patients vivants également", explique le médecin. "Quand la justice a besoin d’un avis médical, elle fait appel au médecin légiste, donc les gens agressés, on les voit aussi."

Loin d’être un loup solitaire ne conversant qu’avec les morts, il occupe dès lors une fonction essentielle dans l’accompagnement et l’écoute des victimes, lors d’une procédure judiciaire. "On a beaucoup de contacts humains, des contacts avec des gens qui souffrent en général, donc on doit faire preuve de beaucoup d’empathie, comme tout médecin", poursuit-il.

Une justice sans filtre

Or, que ce soit à l’écran ou en librairie, cet aspect de la profession reste peu représenté. D’ailleurs, de manière générale, le juge Goeman remarque que le véritable rôle d’un médecin légiste reste méconnu pour la plupart des gens, tout comme le fonctionnement du système judiciaire"Quand on lit certains livres ou quand on voit les séries, les Experts et autre, on a l’impression que le médecin légiste va à la fois arrêter le meurtrier, découper le cadavre, et puis examiner l’ADN en 40 minutes", déplore-t-il.

En recueillant les propos de Grégory Schmit, il souhaitait donc prendre le contre-pied des récits déjà existant. Là où Philippe Boxho, le médecin légiste star des réseaux sociaux, met plutôt l'accent sur le récit, il s’attarde ainsi davantage sur les rouages et les mécaniques de la justice, pour permettre aux lecteurs d’en apprendre davantage sur le déroulé d’une enquête de police. Un parti pris assumé par le juge, qui espère à travers son livre montrer ce métier sous un nouvel angle. "Philippe Boxho, c'est quelqu'un qui raconte merveilleusement les histoires, mais j’ai voulu faire autre chose", explique-t-il ainsi. "Dans toutes les histoires qu’on raconte là, j’essaie de coller au plus près possible de la réalité, pour que les gens comprennent le fonctionnement judiciaire et n’aient pas une image tronquée des choses."